L’Administration Indienne

2 ans que nous la subissons, 2 ans qu’elle nous épuise, il est temps de faire un petit descriptif du fonctionnement de l’administration Indienne. Du moins, celle avec laquelle nous sommes le plus souvent en contact, les services d’immigration.le classement à l'Indienne

Notre situation ici est un peu à part pour les services locaux, puisque nous souhaitons quitter le pays par un port qui n’est pas un port International, et où les services d’immigration n’ont pas vocation à tamponner un passeport. Ils peuvent le faire si on leur montre un billet d’avion, mais dans notre cas, on sort du cadre… Le réflexe de tout bon fonctionnaire Indien est donc de faire remonter la patate chaude au supérieur hiérarchique… A force de remonter, notre cas s’est retrouvé sur le bureau d’un haut fonctionnaire du Ministère de l’intérieur de Delhi. Cette remontée a pris tout de même 4 mois, puisque nous avons entamé les démarches de départ mi-Février. Il a finalement pris sa plume le 24 Juin 2014, pour signer un courrier autorisant le RRO de Pondicherry (le bureau d’immigration) à nous tamponner notre passeport, pour que nous partions entre le… 15 et le 20 Juin ! Et après avoir signé ce magnifique document, ce crétin est parti en vacances pour une durée indéterminée… Nous voici donc à devoir ré obtenir une lettre avec une date de départ plus logique !

En parallèle, le RRO a lancé la procédure d’émission de ce qu’ils appellent l’Exit Visa. Je vous passe le monceau de documents qu’il faut produire pour chacune de ces démarches, et vais juste vous raconter l’obtention du NCC, le Non Judicial Case Certificate. Un document prouvant que vous ne quittez pas l’Inde en laissant des casseroles derrière vous. C’est nouveau, ils demandent cela depuis 6 mois aux résidents qui quittent l’Inde, et son obtention est une franche rigolade :

  • Jour 1 :
    • Bureau du « Super Intendant of Police (Pondicherry North) ». On me remet une jolie liste des documents à fournir (par personne : photocopies des passeports, contrat de location, facture électrique et téléphone, 8 photos d’identité, Residential Permit et quelques autres babioles). On vous précise bien que chaque photocopie doit être attestée par un officier gouvernemental (en gros, un écrivain public qui possède ce rôle). C’est donc, pour 5 personnes, un dossier d’une centaine de pages, chaque page devant être tamponnée « certifiée conforme à l’original » sans que bien sûr qui que ce soit vérifie.
  • Jour 2 :
    • Plein d’espoir, J’emmène ce dossier au sus nommé Bureau. Il vérifie chaque page, puis revérifie, revérifie, jusqu’à trouver la petite bête. Dans notre cas :

Mais vous avez déménagé durant votre séjour, il me faut la copie du bail de votre premier logement.

HA HA, PAF, je l’ai dans mon gros dossier que je prends toujours avec moi, HA HA, fonctionnaire tatillon, tu croyais m’avoir ! Allez, hop, le voilà

Il m’en faut 5 copies.

On ne peut pas utiliser le Xerox (ici, un Xerox, c’est une photocopie, comme Frigidaire chez nous. Enfin pour les frigidaire, pas pour les photocopies… bon.) qui se trouve à 25 cm de ta main ?

Non.

  • Après un petit aller retour au Xerox, le dossier est déposé.

Revenez Demain, ce sera prêt

  • Ouahhhh, efficaces en plus !
  • Jour 3 :
    • 10h. Personne au bureau.
    • 11h, le fonctionnaire arrive.

Ha ben non, c’est pas prêt, revenez demain

Mais c’est Dimanche.

Lundi alors, 18h.

  • Jour 5 :
    • 18h. Personne.

Ha ben non, il arrive vers 19H.

Bon bon bon, je reviendrai demain, à 19h.

  • Jour 6 :
    • Haaa, il est là. Tenant à la main mon dossier. La salle d’attente (enfin le couloir pouilleux d’attente plutôt) est rempli des mêmes visiteurs étrangers qu’à chacune de mes visites. On finit par se connaître, se lancer des œillades de plus en plus désespérées, voire, même, esquisser un sourire.

Alors, prenez ces 3 dossiers, et allez au Bureau de Police d’Odian Salai

Et les deux autres dossiers ?

Ils sont là-bas, il y a eu un petit problème…

  • Il est 20h30, je reporte au lendemain
  • Jour 7 :
    • Je suis là-bas à 10h, mes dossiers sous le bras. Les dossiers manquants y sont, miracle ! Ca va aller vite, c’est sûr !
    • Bon, une heure et demie (et 180 pages de mon bouquin) plus tard, c’est moins sûr. Ce gars est à la foi mou, et veut se donner de l’importance. Derrière un clavier, il est désespérant, tapant d’un doigt les noms, prénoms, adresses de toute la famille… je réprime mon envie de lui arracher le clavier des mains pour taper le truc en 2 minutes… Attend-il un backchish ? Aucune envie de lui donner.

Mais dites-moi, dans votre dossier là, il n’y a pas le bail de votre première adresse !

HA HA, PAF, dans ta gueule, il est là, regardes, en 5 exemplaires. HA !

Oui, mais il nous faut 2 exemplaires de plus pour nos archives.

D’accord Monsieur le Policier, je vais au Xerox…

  • A mon retour, dossier complet, je dois revenir à 16h, avec toute la famille.
  • 16h : Les enfants jouent dans la cour, ça fait rire les flics. Personne ne s’occupe de notre dossier. Mael joue à se mettre en prison, car les cellules sont proches… Après avoir vu nos tronches pendant 2 heures, ils nous disent finalement que c’est bon, la famille peut repartir…
  • A 18h, il se penche enfin sur mes dossiers. Un de ses assistants commence à coller les photos d’identités.

Hé, mais c’est pas du papier photo ça !

Non, y avait que du papier normal

Ca va pas, il m’en faut d’autres

  • Et hop, me voilà reparti pour refaire des photos d’identité, 8 chacun, prendre tout le monde en photo, imprimer… et revenir, vers 19h.
  • A 20h, ça y est, le dossier est complet

    Il faut aller le faire signer là haut, chez le Chief Officer.

  • Oui, mais le Chief Officer, il est moins con que moi lui, il est rentré chez lui depuis belle lurette. Son assistant m’annonce que de toute façon, je dois aller au Headquarter de la Police, pour obtenir une attestation du fichier informatique… Mais avant, un petit Xerox, pour le Chief Officer…
  • En bon petit soldat, je m’y rend à 21h. Le vigile, hilare, me dit que c’est quand même un peu tard
  • Jour 8 :

« OK, revenez ce soir ».

  • Le soir :

    OK, revenez demain, le chef a pas eu le temps de signer… »

  • Jour 9 :

    « OK, revenez ce soir ».

    • Le soir :

      OK, revenez demain, le chef a pas eu le temps de signer… »

  • Jour 10 :

C’est bon.

Bon ?

Oui, enfin il faut juste que vous photocopiez l’attestation.

Mais pourquoi ?

Mais pour nous.On doit en garder une copie, et notre Xerox ne marche pas

On peut pas prendre celui qui est dans le couloir ?

Non

Mais… Non, laisse tomber, je vais faire un Xerox.

  • Jour 11 :
    • Retour au « Super Intendant Office » (faut suivre), avec toute la famille. Je la fais courte, il a fallu revenir 3 jours de suite à ce bureau, pour qu’enfin, le Super Intendant en question nous signe le document final !

Et à quoi il sert ce document ? Hé ben juste à permettre à une administration de nous tamponner le passeport pour la sortie, après qu’une autre administration lui en ait donné l’autorisation. Ajoutez à cela les mêmes démarches avec Les Douanes, les Coast Guards, le Port de Pondichéry, et vous aurez un petit aperçu du ras le bol qui pointe entre nos orteils (au lieu du sable fin que nous méritons…)

Le baptême de Katali

Baptême de Katali

Baptême de KataliIl était nécessaire d’effectuer un test de charge de Katali.Baptême de Katali Mais comment lui mettre 4 ou 5 tonnes sur le pont ? Le plein de Diesel, 650kg, c’est fait. Le plein d’eau, 700kg, c’est bon… Il a fallu employer les grands moyens, et réunir à bord plus de 80 copains, sous le fallacieux prétexte de baptiser Katali autour d’un bon plat de Samoussas, Vadas, et autres friandises Indiennes. Une bonne bouteille de Sula, le champagne Indien, a été fracassée sur notre ancre, et le bateau n’a pas coulé, malgré ses 5 tonnes de surpoids. Bon, la ligne de flottaison était loin en dessous du niveau de la mer, mais c’est pour la bonne cause.